Impression 3D : le point de vue de quelques grands acteurs

Avancer, innover, être le meilleur, le plus rapide, le plus léger, le plus écologique, le moins cher : le monde est en évolution perpétuelle et cela se ressent tant à l’échelle du citoyen, qu’à l’échelle des grandes entreprises ou des gouvernements. Toute organisation se doit de s’adapter aux innovations de demain. Alors, comment a été perçue l’arrivée de l’impression 3D dans les grandes entreprises ? Zoom sur le point de vue de quelques grands acteurs :

Un vrai potentiel pour tous les secteurs

Joe Desimone est le PDG de la société Carbon3D qui mélange travail des matériaux, compréhension des logiciels et apprentissage des sciences moléculaires. Karl Lagerfeld, lui, est couturier et créateur de renom. Pourtant, leurs discours ne diffèrent pas tellement lorsqu’ils évoquent l’impression 3D.

 

Pour Karl Lagerfeld, « l’idée fut de prendre la plus iconique des vestes du XXème siècle et d’en faire une version du XXIème siècle, ce qui aurait été techniquement inenvisageable à l’époque où elle est née ».

 

Très loin des sphères de la haute couture, Joe Desimone présenta lors d’une conférence TED une nouvelle méthode d’impression, inspirée du film Terminator 2. Il stipula alors qu’il était « impossible de fabriquer ces sphères (voir vidéo ci-dessous) avec des méthodes classiques. […] C’est un travail pour des imprimantes 3D ».

 

D’autres personnalités ont compris l’intérêt qu’apportait l’impression 3D.

Raphaël Gorgé, PDG du groupe GORGÉ, complète ces réflexions en ajoutant que « la 3D permet de faire des pièces complexes que l’on n’osait pas imaginer. » Maintenant, « si vous pensez un objet, vous pouvez le fabriquer. ».

Pierre Prigent, PDG de Thales Maroc, clarifie le discours : « Comprenez que cette technologie permet d’inventer des pièces que l’on ne saurait fabriquer avec les technologies traditionnelles. »

L’impression 3D ouvre donc de nouvelles portes, des voies inexplorées, pour une évolution des méthodes de travail. « Il y a un vrai potentiel », assure Luc Stephan, Directeur de l’Innovation à Nantes Métropole Habitat.

Greg Haye, Manager Général de Local Motors, confirme : « L’impression 3D permet de produire des géométries plus complexes et est plus efficace pour produire des structures légères ».

Impression 3D : des points de vue convergents

Aujourd’hui, des pièces que l’on pensait impossibles à réaliser se créent seules, en dix minutes. Les méthodes de travail appliquées auparavant peuvent alors sembler obsolètes.

« On a commencé, il y a déjà vingt ans, à l’utiliser pour réaliser des prototypes dans des délais très courts. Depuis cinq ans, elle est utilisée en production pour réaliser des pièces définitives ou des moules industriels. Nous démarrons aujourd’hui une nouvelle phase : les produits vont être dès le départ conçus pour être imprimés en 3D, en une seule fois, » explique Raphaël Gorgé.

 

Ce dernier arbore le même point de vue que les dirigeants de Local Motors : usines géantes, chaines de production, fabrication en grande série et à bas coûts d’objets standardisés, … Le fordisme est remis en cause, d’autant plus que ce modèle d’organisation et de développement ne correspond plus aux attentes des consommateurs. En effet, ils recherchent des objets personnalisés, bons pour la santé et respectueux de l’environnement.

Pierre Prigent insiste sur les bénéfices de cette révolution 4.0 : « Les investissements dans l’industrie du futur (usine 4.0) permettent d’être plus intégrés, plus connectés, plus réactifs et au final plus compétitifs pour l’ensemble de la chaîne de valeur au bénéfice de tous, clients et fournisseurs. »

 

Pour Bertrand Demotes-Mainard, Vice-président en charge des technologies hardware pour Thales, « l’impression 3D donne une grande liberté au niveau des formes. ». Il faut également prendre en compte que « fabriquer un assemblage complexe en une seule pièce [grâce à cette technique] se traduit par un gain de poids. Ce qui est important dans le domaine des satellites où le poids correspond à un coût. »

 

Damien Declerq, Vice-président Exécutive de Local Motors voit en l’impression 3D, un moyen « d’être au plus près des besoins de ses clients » tout en étant un « atout pour l’environnement ».

 

Thierry De La Tour d’Artaise, PDG du groupe SEB, a déclaré que « 50% à 75 % des éléments du petit électroménager du groupe seraient désormais disponibles sous forme de fichiers 3D et imprimables à la demande. ». Il est convaincu que l’impression 3D est « source de simplification logistique ».

 

Dans le milieu aéronautique, l’impression 3D a aussi beaucoup à apporter. Sachant qu’« un programme aéronautique dure quarante ans, et que la chaîne de production évolue pendant cette durée, ce n’est pas facile de maintenir le stock de pièces de rechange, surtout pour des pièces qui tournent peu. Il faut parfois des années avant que certaines pièces soient utilisées. […] L’impression 3D peut résoudre ce problème. La poudre métallique ou des filaments sont plus faciles à stocker que des pièces ! », analyse Thierry Thomas, Directeur du centre de compétences Fabrication additive de Safran.

 

Le développement de l’impression 3D permet aujourd’hui d’envisager sérieusement la fabrication de pièces séries. Made in Space vient de créer une imprimante 3D « capable de fonctionner dans des conditions extrêmes, même dans l’espace».

 

Les grandes entreprises s’ouvrent donc clairement à ces nouvelles technologies. En 2013, Barack Obama affirmait que « la maîtrise de cette technologie était stratégique et permettrait aux Etats-Unis de se réindustraliser ». Ce même espoir fut exprimé par Raphaël Gorgé, qui déclara simplement que « grâce aux imprimantes 3D, la France allait se réindustrialiser. ».

 

Pour autant et comme toute révolution, cette montée en puissance de l’impression 3D apporte son lot de questions : emploi, sécurité, propriété intellectuelle… Raphaël Gorgé répond à une partie de ces interrogations de la manière suivante : « Sans doute. Mais, entre une usine qui intègre l’impression 3D en France et une usine française qui délocaliserait à l’étranger, je préfère clairement l’option 1 ! ».