Quand l’impression 3D vous habille…

« La mode doit vivre avec son temps si elle veut survivre ». Cette phrase de Karl Lagerfeld a été prononcée il y a deux ans, lors de son traditionnel défilé Channel au Grand Palais, et se justifiait car les structures de ses pièces avaient été réalisées en impression 3D, via frittage laser. Et, même si à l’époque cela pouvait prêter à sourire, aujourd’hui la technologie est de plus en plus utilisée dans le secteur du textile. Tour d’horizon des cas existants ou quand l’impression 3D fait sa place dans notre dressing…

Coulisses du défilé Chanel 2015-2016 avec impression haute couture en impression 3D

Coulisses du défilé Chanel 2015-2016 avec Haute couture en Impression 3D [Ed Alcock / Jérémie Léon / Myop pour Le Monde]

Le prêt-à-porter et la Haute Couture

Sans que l’on s’en rende compte, des détails, et mêmes des pièces entières, réalisés en impression 3D, commencent à s’approprier nos armoires. Entre autres, il est possible de citer la designer israélienne Danit Peleg qui a récemment présenté sa première pièce, une veste, intégralement réalisée en impression 3D. Cette dernière est totalement autodidacte en ce qui concerne l’apprentissage de cette technologie. Plus subtil, Irina Tosheva, styliste macédonienne, a, quant à elle, ajouté à sa collection (inspirée des parures emblématiques de son pays) des détails imprimés en 3D.

Si le prêt-à-porter s’est emparé de la technologie, il est évident que la Haute Couture l’a également intégré au sein même de ses défilés. Ainsi, comme mentionné, Karl Lagerfeld a combiné la fabrication additive à la couture pour créer des modèles plus complexes et dépoussiérer certains styles. Mais il n’a pas été le seul. En effet, Iris Van Herpen utilise la technologie pour donner vie à ses créations et disrupter le secteur. Ce fut la première à mettre à l’honneur l’impression 3D dans le secteur du textile en 2011 lors de la présentation de sa collection « Voltage » lors de la Fashion Week de Paris. Précurseur, elle transmit l’idée à d’autres grands noms tels qu’Alexander McQueen.

Les chaussures

Le secteur de la chaussure n’est pas en reste, notamment grâce à Adidas et sa semelle imprimée en 3D sur la basket Futurecraft 4D. Cette dernière apparaît comme la première basket massivement produite utilisant cette technologie. Pour autant, la semelle ne sera pas uniquement réalisée en impression 3D mais sera associée à la lumière UV pour obtenir un résultat plus solide et donc plus durable. Cette basket sera le deuxième essai pour la marque allemande. En effet, en 2016, l’UltraBOOST Uncaged Parley avait déjà fait parler d’elle en utilisant la technologie 3D dans sa production.

Mais la chaussure de ville a aussi réussi à intégrer l’impression 3D. On pense notamment à la marque United Nude ou encore au créateur Brian Oknyasnky. Tous deux ont conçu des modèles de chaussures entièrement réalisés en 3D et personnalisables à l’infini.

En France, Eram a lancé lors de la Paris Retail Week 2016 des talons à accessoiriser à l’infini grâce à l’impression 3D. 500 combinaisons sont aujourd’hui disponibles. Le concept a été présenté et proposé début juillet dans l’une de leur boutique à Nantes et a rencontré un franc succès.

Les accessoires

Concernant les accessoires, l’impression 3D permet de créer des choses toujours plus extraordinaires et sur-mesure : des sacs à mains, des bijoux, des nœuds papillons, et même du maquillage !

Maison 203 Studio est, par exemple, spécialisée dans la confection d’accessoires via impression 3D. En 2015, la marque a sorti un sac à main imprimé en 3D à base de nylon, le « Armure Clutch ».

3D PROD a déjà participé à la création de bijoux pour la marque Camen. Le choix de la technologie 3D était stratégique de la part de Camen. En effet, l’impression 3D permet le développement, la création et le suivi en temps réel de « l’objet ».

De même, l’entreprise d’architecture brésilienne Estudio Guto Requena crée des pendentifs originaux et uniques grâce à la technologie 3D.

De plus petits accessoires sont aussi aujourd’hui réalisés en 3D, à l’instar de Bits Tailor, start-up française qui met l’impression 3D au service de la création en proposant des pièces entièrement personnalisables. Nœuds papillons, bijoux de chaussures, tout est imprimé une première fois sur une imprimante de bureau classique, puis en métal pour la pièce finie.

Mais le plus étonnant reste l’utilisation de la technologie pour la cosmétique. En effet, il paraît étonnant que l’impression 3D puisse servir ce secteur si particulier. En 2014 a été dévoilée Mink, une petite imprimante 3D, permettant de créer tous les types de maquillage (du rouge à lèvres en passant par le fond de teint). Elle permet de colorer n’importe quelle substance (poudre ou crème) incolore de la teinte que l’utilisateur souhaite. Il est aussi possible de citer l’exemple de ces deux jeunes Américaines ayant utilisé l’impression 3D pour concevoir de faux ongles 3D en résine (à base de nylon).

Les limites de la technologie pour le secteur

L’utilisation de l’impression 3D concède encore quelques limites pour réellement révolutionner le secteur. En effet, la problématique majeure vient des matériaux : si on est aujourd’hui capable d’additionner des couches de plastiques ou de résine, il est encore impossible d’utiliser des matériaux comme le coton ou la soie, qui sont juste essentiels dans une industrie comme celle du textile.

La seconde limite réside dans les temps de fabrication. En effet, créer un objet par couches ne prend pas le même temps que de le faire sortir d’un moule créé spécialement pour lui. L’utilisation de la technologie 3D est donc plus propice pour la conception de petites séries que pour la création de produits à grande échelle. Ce qui, intrinsèquement, engendre des prix toujours assez élevés.

Ainsi, la route vers un appareil productif capable de fabriquer en masse et à bas coût des vêtements, chaussures ou accessoires personnalisés à la demande sera encore longue, mais pas impossible.